Sur le terrain

Techniques de préparation et soins à prendre pour les spécimens destinés à des fins de naturalisation.

Amis(es) pêcheurs, chasseurs, trappeurs et collectionneurs.

Je me réjouis de constater que de plus en plus de passionnés de plein air comme vous ont changé et surtout amélioré leur façon d'agir sur les techniques et méthodes de préparation des spécimens destinés à des fins de naturalisation. Bravo ! Permettez-moi néanmoins d'apporter quelques notions fort simples sur les soins préliminaires à effectuer sur le terrain et de retour à domicile.

Rappelez-vous toujours que le meilleur taxidermiste ne fera pas de miracle avec un spécimen en très mauvais état. Le principe de base pour la bonne conservation d'un sujet, (mammifères, oiseaux ou poissons) est de refroidir toutes les partis de l'animal le plus rapidement possible. La prolifération des bactéries qui s'attaquent à la racine des poils, plumes ou des écailles est directement reliée à la température excessive et ambiante à l'instant de la mort.

La manipulation du spécimen est aussi un facteur déterminant sur la bonne conservation. N'espérez pas une présentation finale de haute qualité, si l'orignal a été " sorti su bûcher " à l'aide d'une débusqueuse ou d'un V.T.T à moins de l'avoir protégé en fonction d'une naturalisation. Que penser du " poisson trophée " qui cuit quelques heures au fonds de l'embarcation en pleine canicule avant d'être manipulé dans tous les sens pour la séance de photo à la sortie du plan d'eau ! " OUF! Les écailles ! Bref ! Usez de délicatesse avec tous les spécimens destinés à être naturalisés.

CERVIDÉS

(naturalisation épaule, murale ou piédestal)

Ne jamais " saigner " l'animal.

Geste inutile! Car Le cœur de l'animal ne bat plus. Et de plus, vous procédez à l'éviscération quelques minutes après la mort, En agissant ainsi, vous risquez d'altérer la fourrure et la peau du cou du cervidé.

Protéger la peau des oreilles.

Toujours apposer le permis ou le coupon de transport à une patte ou sur les bois, jamais à l'oreille de l'animal. Ainsi vous éviterez les déchirures inutiles et difficiles à masquer.

Conservation adéquate.

Il est essentiel de refroidir le spécimen le plus rapidement possible et ce, non seulement pour la qualité de sa chair, mais aussi pour sa précieuse fourrure. Suspendre l'animal dans un endroit frais et ombragé.

Récupération de la viande.

Laisser le plus de fourrure possible derrière la patte avant de l'animal (voir croquis) ou mieux, à partir de l'épaule rouler la peau de l'animal jusqu'à la base du cou ou faire une incision sur le dos jusqu'à la base du crâne afin de récupérer la viande.

Traitement de la peau.

Ne jamais laisser traîner la peau de l'animal. Il est primordial d'apporter la même attention à la peau qu'à la viande. Effectuer la livraison chez le taxidermiste dans les plus brefs délais, sinon la refroidir rapidement et la congeler.

Mammifère (grandeur nature)

D'autres techniques s'appliquent aux plus gros mammifères tels que ours, loups, couguars, etc.

Deux procédés peuvent être utilisés: L'incision ventrale ou l'incision dorsale (voir croquis). Cette dernière est utilisée surtout lorsque les spécimens sont destinés à être naturalisés en entier, en grandeur nature, (ours, loups, etc.) Elle ne s'applique pas aux cervidés. L'incision débute à l'arrière de la tête et finit sa trajectoire vers la base de la queue. A noter que si le mammifère a été écorché sur le ventre, il peut quand même être naturalisé grandeur nature, à condition, évidemment, de conserver précieusement ses coussinets plantaires ou, selon les cas, ses sabots ainsi que ses organes génitaux.

Tous les mammifères dont la dimension ne dépasse pas celle d'un coyote, devraient être livrés en entier chez le taxidermiste. Il est très important de refroidir le gibier avant de procéder à son emballage. Réduire le volume du mammifère en, le recroquevillant sur lui-même avant de l'insérer dans deux ou trois sacs de matière plastique. Chasser le plus d’air possible et congeler.

Soyez très méticuleux sur les soins apportés à la tête, aux yeux, aux lèvres, au nez etc. Une mauvaise coupure à ce niveau est difficile à restaurer et occasionne des coûts supplémentaires. Ne congelez surtout pas une grande peau fraîchement écorchée sans, au préalable, l'avoir bien refroidie dans son ensemble, pliée chair contre chair, emballée soigneusement et congelée.

Quant aux " grands aventuriers " qui se retrouvent loin de toute forme de refroidissement dans les plus brefs délais, le "sel fin" demeure leur ingrédient par excellence pour la conservation des gros mammifères. Toutefois, souvenez-vous que, pour être efficace au maximum, la peau de l'animal devra être dégraissée le plus soigneusement possible sur le terrain. Les oreilles, les paupières, les lèvres, les parties intérieures du museau ainsi que la base des griffes ou sabot devront être bien retournées et débarrassées des chairs et des corps gras qui y adhèrent. Ces opérations terminées, la peau sera étendue à plat dans un endroit ombragé et bien aéré. Couvrez d'une généreuse couche de sel fin et frottez jusque dans les moindres recoins de celle-ci. Environ douze heures plus tard, vous devrez la secouer, l'égoutter et la saler de nouveau. Enfin, roulez la peau de tous les cotés à la fois vers le centre. Une peau apprêtée de cette façon se conservera très longtemps.





OISEAUX

Choisir un spécimen au plumage dense, mature et aux couleurs bien définies(selon l'espèce). Ne jamais transporter le gibier dans un havresac, car un oiseau fraîchement abattu est chaud et son plumage se détache facilement. Il faut le transporter délicatement ou le suspendre par une patte afin qu'il refroidisse le plus rapidement possible. Ne laissez jamais l'oiseau séjourner trop longtemps dans le coffre arrière de l'automobile. Si l'animal porte des taches de sang ou de boue, nettoyez-le en laissant couler dessus un filet d'eau claire. Ne vous privez surtout pas d'un beau montage pour quelques taches, c'est l'affaire d'un bon taxidermiste de laver et nettoyer tous les oiseaux, tachés ou pas. Lorsque le gibier est bien refroidi, déposez-le soigneusement dans deux sacs de plastiques, chassez l'air et congeler.



POISSON

Un bon pêcheur manipule sa capture avec soin aussitôt qu'elle est sortie de l'eau car les écailles chutent facilement, principalement chez les salmonidés. Si possible, prendre immédiatement une photo du poisson, en gros plan et dans un endroit ombragé, et la remettre au taxidermiste avec votre prise. Si possible éviter d'enlever les viscères. Selon l'endroit de capture et les possibilités immédiates, refroidir rapidement le poisson:

1- Mousse de sphaigne 2- Glacière 3- Réfrigérateur 4- Congélateur

Ne vous souciez pas des marques ou plaques sombres car le poisson sera repeint lors de sa naturalisation.

Congeler sans délai la capture déposée bien à plat dans son emballage de matière plastique (strech and seal, saran wrap, sac de plastique).

Si possible, après l'emballage , apposez un carton rigide de chaque coté de la queue afin d'éviter qu'elle ne s'abîme lors de la congélation. Rappelez-vous qu'il est très important de ne jamais utiliser de carton , journaux, essuie tout ou autres matériel similaires d'emballage en contact direct sur les spécimens (poissons, oiseaux, mammifères).

Ces matières accélèrent le processus de déshydratation et de dessèchement lors d'une congélation à plus ou moins long terme.



En conclusion,
Bien choisir son taxidermiste

Munis de ces quelques notions élémentaires , il ne vous reste qu'à " dénicher " le vrai naturaliste ou taxidermiste qui saura recréer, avec le plus de fidélité, d'exactitude et de créativité, l'éclat de vie à votre noble et légitime capture.

C'est à mon humble avis, la partie la plus délicate à apporter au couronnement de votre excursion de chasse ou de pêche. Le vrai professionnel est un artiste du métier. Il est une " espèce " très rare, mais il en existe. N’espérez surtout pas avoir déniché « la perle rare» en fonction de sa tarification car, c’est lui qui sera trop dispendieux si votre capture est gâchée. Un conseil! Consulter, visiter et ne vous fier pas nécessairement à certaines publicités trompeuses.

Il est donc préférable et voire même souhaitable d'effectuer vos recherches en ce sens et d'arrêter votre choix bien avant votre excursion au cas où la nature vous ferait cadeau d'un magnifique spécimen.

Souvenez-vous que, c'est un privilège de cohabiter avec une nature aussi grandiose. Elle est à la fois merveilleuse , généreuse mais combien fragile. De grâce, prenons-en soin.

"PUISONS SANS ÉPUISER"

Bon succès lors de toutes vos randonnées en plein air
Denis D'amours, naturaliste et taxidermiste

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